Mission d’information sur le marché de l’art : Fabien BOUGLE auditionné à l’Assemblée Nationale

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Comme je vous le précisais dans un précédent message, l’Assemblée Nationale a mis en place une mission d’information sur le marché de l’art. Cette mission a pour Président le député Michel Herbillon et pour Rapporteur le député Stéphane Travert.

J’ai été auditionné le 7 juin par la mission d’information et j’ai pu pendant 1 heure 30  exprimer mes positions sur la situation de la France dans le marché de l’art international, les raisons de son déclin et ses atouts.

A cette occasion, j’ai pu – dans le cadre de débats passionnants avec les députés présents – rappeler les idées fortes que j’ai déjà pu exprimer publiquement.

La défense du marché de l’art dépasse les clivages partisans et politiques. A cet égard, j’ai soutenu l’idée qu’il fallait défendre une Union Nationale nécessaire au rayonnement culturel et artistique de notre pays. J’ai défendu l’idée qu’il fallait traiter ce thème avec des réponses plus pragmatiques qu’idéologiques.

J’ai rappelé le danger réitéré de l’effet d’annonce de la taxation des œuvres d’art à l’ISF qui a de vraies conséquences sur le comportement des collectionneurs. J’ai également souligné la crainte de nombreux particuliers d’investir dans l’art par la peur d’être stigmatisés ou fliqués.

Concernant la place de la France dans le marché de l’art, j’ai suggéré des évolutions juridiques et fiscales dans le sens :

  • de la libération de l’activité de vente aux enchères par la suppression des contraintes liées à l’exercice de la profession en particulier face à l’ « ubérisation » des ventes aux enchères
  • d’un reversement de la fiscalité par une logique importatrice plus qu’exportatrice. Nous devons considérer qu’importer des œuvres constitue un enrichissement de notre pays et qu’exporter constitue un appauvrissement à la différence des logiques industrielles
  • du soutien – tout en maintenant un principe de justice fiscale –  d’une fiscalité qui favorise des ventes sur le territoire Français et qui n’entraine pas une insécurité juridique pour le contribuable notamment par la crainte du flicage

Dans quelques jours je remettrais un dossier plus détaillé et technique des propositions que j’ai esquissées à cette occasion.

Je suis particulièrement enthousiaste de ces échanges et forme le souhait que la période électorale qui s’annonce ne viennent pas occulter la qualité de la réflexion de cette mission d’information dont les conclusions vont être plus qu’intéressantes.

 

 

 

 

 

 

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Une œuvre attribuée au « Caravage » déclarée « Trésor National » qu’en est-il ? par Fabien BOUGLE

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Par arrêté du 25 mars 2016 le ministère de la Culture a déclaré « trésor national » une huile sur toile trouvée dans un grenier de Toulouse et « attribuée possiblement » à Michelangelo Merisi, dit Caravage, ayant pour thème Judith et Holopherne. Dans son arrêté, l’institution est particulièrement prudente et précise : « cette œuvre récemment redécouverte et d’une grande valeur artistique, qui pourrait être identifiée comme une composition disparue du Caravage, connue jusqu’à présent par des éléments indirects, mérite d’être retenue sur le territoire comme un jalon très important du caravagisme, dont le parcours et l’attribution restent encore à approfondir. » L’occasion de préciser ce qu’il en est exactement du classement « trésor national » et quelles en sont les conséquences.

En vertu du règlement Européen du 9 décembre 1992 et de la convention internationale de l’UNESCO de 1970 sur la circulation des biens culturels, ratifiée par la France, notre pays a mis en place une législation protectrice qui assure le contrôle des biens culturels quittant la France. En l’occurrence, toutes les huiles sur toile d’une valeur supérieure à 150 000 € et de plus de 50 ans nécessitent la délivrance par le ministère de la Culture d’un certificat de libre circulation pour quitter la France. L’exportateur doit donc constituer un dossier qu’il envoie à la Direction des musées de France, le Ministère disposant de quatre mois pour autoriser ou non l’exportation.

Si l’autorisation est donnée, le propriétaire reçoit un certificat de libre circulation, qui permet à l’œuvre de quitter la France et de circuler dans l’Union européenne. Pour quitter l’UE, il faut en plus une licence d’exportation. Si elle refuse cette autorisation, la Direction des musées de France, sur proposition du conservateur spécialiste consulté en fonction du bien, doit réunir la Commission des trésors nationaux, qui est chargée de donner un avis favorable ou non de classement comme trésor national du bien qui lui est soumis. Cette commission composée de fonctionnaires de la Culture, mais également de personnalités du marché de l’art connues pour leur très haut niveau de compétence et de probité donne un avis consultatif, qui sera suivi de la décision finale de la ministre. Si l’œuvre est déclarée trésor national, elle devient in-exportable pendant trente mois à compter de l’arrêté.

Pendant cette période, les spécialistes vont réaliser des recherches complémentaires, pour vérifier les éléments de pedigree et d’authenticité. Par ailleurs, l’État et le propriétaire vont désigner chacun leur expert afin de fixer un prix de vente potentiel à l’État. Dans l’hypothèse où les experts ne parviennent pas à s’accorder sur la fixation du prix, le tribunal de grande instance est saisi afin de fixer le nom d’un expert qui arbitrera entre leurs deux rapports. Au vu du travail de l’expert nommé par le TGI, l’État bénéficie de deux options. Soit il ne fait aucune offre d’achat et doit alors délivrer le certificat de libre circulation à l’exportateur. Soit il en fait une et demeurent alors deux possibilités. Si le propriétaire accepte, l’État dispose de six mois pour le payer ; s’il refuse, un nouveau cycle de trente mois est engagé.

Dans ce processus d’acquisition, l’État peut être accompagné par des entreprises. Si une entreprise participe à l’achat d’un trésor national par l’État, elle bénéficie d’une réduction d’impôt de 90 % du montant qu’elle a donné pour financer l’achat, sachant que le montant de cette réduction ne peut être supérieur à 50 % de l’impôt dû et que l’opération doit être validée par la Commission des trésors nationaux. Par ailleurs, l’entreprise peut acquérir en totalité un trésor national, bénéficiant alors d’une réduction d’impôt de 40 % du prix d’acquisition.

Dans cette hypothèse, l’entreprise devient propriétaire du trésor national, mais elle doit déposer l’œuvre dans un musée de France pendant dix ans et ne peut pas la vendre avant l’expiration de ce délai. Elle s’engage également à consentir au classement comme monument historique du bien ainsi acquis, qui devient dès lors parfaitement in-exportable.À ce jour aucune entreprise n’a utilisé cette possibilité.

On le voit, pour cette œuvre attribuée au Caravage, nous n’en sommes qu’au début d’une saga artistique et juridique, qui durera encore 29 mois si toutefois le propriétaire et l’État s’entendent sur le prix, et si ce chef-d’œuvre est, bien entendu, reconnu comme un Caravage.

Article paru dans la gazette de l’hôtel Drouot.

Anneau de Jeanne d’Arc : pourquoi les Anglais ne peuvent pas demander sa restitution !

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Article d’Economiematin de Fabien BOUGLE sur l’anneau de Jeanne d’Arc.

« Sont considérés comme illicites l’exportation et le transfert de propriété forcés de biens culturels résultant directement ou indirectement de l’occupation d’un pays par une puissance étrangère. » Convention de l’UNESCO de 1970 signée par la Grande Bretagne

L’anneau de Jeanne d’Arc qui a été acheté le 25 février 2016 par le Puy du Fou en Grande Bretagne lors d’une vente aux enchères organisée par la maison de vente Timelines Auctions puis rapatrié  en France est sur le point de causer un incident diplomatique majeur entre la France et la Grande Bretagne.

En effet, alors que l’authenticité de l’anneau est encore discutée par une minorité en France, le National Council of Arts, autorité chargée des affaires culturelles en Grande Bretagne, est en train de confirmer son authenticité en estimant, après des recherches historiques que l’anneau constitue un « objet de forte valeur symbolique nationale » Anglais. Aussi l’autorité administrative vient de demander officiellement aux détenteurs le retour en Grande Bretagne du bijou de Jeanne d’Arc en prétextant que le bien a été exporté illégalement, entérinant de facto l’authenticité et le pedigree du bien.

En effet, selon le droit anglais – en application du Règlement Européen n° 3911/92 du 9 décembre 1992 et de la convention internationale de l’UNESCO de 1970 sur la circulation des biens culturels ratifiée par la France et acceptée par la Grande Bretagne – les biens historiques d’une valeur supérieure à 41.600 livres doivent faire l’objet d’une demande d’Export Licence (certificat de libre circulation) lorsque le bien doit quitter le territoire Anglais y compris pour un pays membre de l’Union Européenne.

Ces dispositions sont destinées à contrôler en Europe les exportations de biens culturels. Chaque pays dispose d’un bureau chargé d’attribuer des autorisations d’exportation ainsi que des cellules policières chargées de lutter contre le trafic de biens culturels, de la saisie et de la restitution à un pays d’un bien exporté illégalement. En France c’est l’OCBC (office central de lutte contre le trafic de bien culturel) qui s’en charge.

Le souci est que les acheteurs, ont tout simplement oublié de demander le certificat d’exportation pour quitter le territoire anglais. La difficulté c’est que l’oubli de la demande de ce passeport peut conduire à des poursuites pénales ainsi qu’à la saisie du bien à la demande de la Grande Bretagne auprès de l’OCBC.

C’est la grande difficulté dans laquelle se trouvent aujourd’hui le Puy du Fou et la France par extension.

Mais de son côté l’Etat anglais a également commis une grave erreur car en qualifiant l’anneau de Jeanne d’Arc comme « objet de forte valeur symbolique national », il a validé son authenticité et par voie de conséquence son origine et son pedigree.

L’histoire nous révèle et en particulier le procès-verbal du procès de Jeanne d’arc que ses anneaux ont bien été volés par les Bourguignons et par les Anglais qui pensaient qu’ils avaient un pouvoir magique.

Les Anglais disposent donc de l’anneau par un fait initial infractionnel : le vol.

Or selon le pedigree proposé sur le site Internet de la maison de vente, il est précisé que l’anneau provient de la famille du Cardinal de Winchester Henry Beaufort qui supervisait le procès de la pucelle d’Orléans et a assisté à son supplice.

En quittant la France et en emportant avec lui l’anneau de Jeanne d’Arc le cardinal Henry Beaufort est devenu receleur de la bague ainsi volée. Il a donc exporté illégalement la bague dans un contexte évident d’occupation du territoire français par une puissance étrangère.

Comme l’infraction de recel est une infraction continue, chaque héritier successif a perpétré l’infraction de recel d’objets volés jusqu’au vendeur de février 2016, les propriétaires successifs connaissant l’origine frauduleuse du bien.

Il s’ensuit donc que l’anneau de Jeanne d’Arc a bien été situé sur le territoire de Grande Bretagne de manière illégale et avait été exporté illégalement dans ce pays. Aussi il semble donc bien difficile pour la Grande Bretagne d’invoquer le fait qu’un bien volé à La France puisse être qualifié de « trésor national » Anglais selon l’adage « Nemo auditur Turpitudinem allegans ». (Nul ne peut invoquer sa propre turpitude.)

Ceci est d’autant plus difficile que la convention internationale de l’UNESCO de 1970 sur laquelle la Grande Bretagne se base pour réclamer le retour de la bague précise bien à son article 11 « Sont considérés comme illicites l’exportation et le transfert de propriété forcés de biens culturels résultant directement ou indirectement de l’occupation d’un pays par une puissance étrangère. »

Dès lors, la grande Bretagne est elle-même en infraction de la convention Internationale de l’UNESCO de 1970 et se doit donc de restituer à la France l’objet ainsi illicitement exporté lors de son occupation du sol Français. Il va sans dire que la bague de Jeanne d’Arc est bien un bien d’origine française et que dès lors la Grande Bretagne ne respecte ni l’article 4 de la convention de l’UNESCO et encore moins son l’article 11.

Les Anglais ne peuvent donc en aucun cas – sans créer un véritable incident diplomatique entre nos deux pays – revendiquer le retour dans leur pays d’un bien qu’ils ont importé illégalement et en parfaite contravention de la convention de l’UNESCO qu’ils ont acceptée.

 

Réforme du code civil : impact sur le marché de l’art.

Par une ordonnance signée le 10 février, le Président de la République a opéré une réforme en profondeur du code civil sur les questions du droit des contrats qui entrera en vigueur le 1er octobre 2016 sachant que les contrats conclus avant cette date demeurent soumis à la loi ancienne.

Il est apparu opportun de faire un point sur les conséquences que peut avoir cette réforme sur l’activité des maisons de vente aux enchères, et sur les nouveaux droits et devoirs des opérateurs et des clients.

Nous avons publié plusieurs contributions sur ce thème:

Dans la Gazette de l’Hôtel Drouot

Article Gazette Hôtel Drouot

Dans l’AGEFI-Actif

Impact de la Réforme du code civil

Pour les éditions législatives avec une analyse plus détaillée et technique

Dictionnaire Epargne et produits financiers

 

 

 

Création à l’Assemblée Nationale d’une mission d’information sur le marché de l’art

Il s’agit d’une très bonne nouvelle et nous nous félicitons que l’Assemblée Nationale se préoccupe de l’évolution du Marché de l’Art en France. En 2013 et 2014 nous avions interpellé les députés du risque de taxation des œuvres d’art à l’ISF.

Mercredi 27 janvier 2016 après-midi, la mission d’information sur le marché de l’art a tenu sa réunion constitutive à l’Assemblée Nationale.

La mission est présidée par Michel Herbillon, elle a pour rapporteure Sophie Dessus.

La mission part du constat du déclin de la place de Paris face aux maisons de vente aux enchères anglo-saxonnes et asiatiques et de la situation préoccupante du marché de l’art contemporain français, très en retrait par rapport aux marchés américains, britanniques et chinois.

Elle relève également l’impact sur les conditions de production et de vente des œuvres d’art de la forte augmentation du nombre de musées dans les zones Asie-Pacifique, Amérique latine, ainsi qu’au Proche et au Moyen-Orient.

Le développement de pratiques spéculatives, que traduit l’augmentation exponentielle du prix de certaines œuvres, l’amène à s’interroger sur la transparence du marché de l’art et le lien possible avec des pratiques de blanchiment de capitaux. Les problématiques fiscales et juridiques, tant nationales qu’internationales, sont majeures.

Pour traiter ces différentes questions, la mission organisera une importante série d’auditions, afin d’entendre les différents acteurs du secteur : institutionnels, professionnels, experts ou autres. Des déplacements pourraient être organisés.

Elle envisage de rendre ses conclusions à la fin du mois de juin 2016.

Composition de la mission d’information.

« Création et marché de l’Art » Terra Nova publie un rapport sur le marché de l’art

Sous le titre « Création et marché de l’art: Comment renouveler l’attractivité de la France ?, le Think thank Terra nova a publié un rapport très intéressant sur l’évolution du marché de l’art en France.

Le rapport rédigé par Nicole Ferry-Maccario, Abigaïl Aron, Jade Bouchemit, Anne Bourgois, Jean-Baptiste Costa de Beauregard, Constance Lombard, Paul Nyzam précise en préambule :

 » La France ne s’inscrit pas dans la croissance du marché de l’art mondial et subit un moindre rayonnement de ses créateurs à l’échelle internationale. Pour répondre à cette situation, cette étude de Terra Nova envisage de stimuler la création française en lui permettant de rayonner davantage sur le plan international et de s’efforcer de faciliter et dynamiser les acquisitions en France. »

Ce rapport ouvre des pistes de réflexions inédites comme l’utilisation d’Internet comme outil de diffusion de l’art Français. Il aborde également la question de la multiplicité de la création artistique.

 

Après son exposition à Versailles la côte de Kapoor poursuit sa descente aux enfers !

Après son exposition à Versailles la côte de Kapoor poursuit sa descente aux enfers !/ The market value of Kapoor’s works has descended into hell after his exhibition in the Castle of Versailles

Article de Fabien BOUGLE, Consultant en gestion de patrimoines artistiques paru sur le site Economiematin.com

L’exposition Kapoor qui se tenait dans le jardin de Versailles s’est terminée début novembre.

L’évènement marquant de 2015 qui avait suscité un retentissement mondial en raison des multiples provocations de l’artiste a été pour lui un véritable fiasco tant en terme de notoriété qu’en terme de communication.

Lors des grands débats suscités par cette exposition dans le parc du château de Versailles certains commentateurs néophytes très éloignés de la compréhension et de la pratique du marché de l’art ont pu déclarer que le scandale autour de Kapoor allait faire monter sa côte et constituer un véritable jackpot.

Il était donc intéressant d’analyser le marché des ventes aux enchères des œuvres d’Anish Kapoor depuis le début de l’exposition début juin jusqu’à la fin de l’année 2015. Cette période qui comprend l’intégralité de l’exposition allait nous permettre de répondre à la question : Y a-t-il eu ou non une dynamique du marché de l’artiste consécutive à la polémique de Versailles ?

Pour se faire, nous avons procédé à l’étude de l’exhaustivité des résultats des ventes aux enchères des œuvres de Kapoor proposées dans le monde entre le 1er juin 2015 et le 31 décembre 2015 diffusés par la société Artprice.com.

Tous secteurs confondus (estampes, sculptures, peintures, dessins et aquarelles) il a été proposé aux enchères dans cette période 50 réalisations d’Anish Kapoor. L’œuvre la moins chère est une estampe « for Glyndebourne » estimée 600 à 800 £ adjugée 700 £ chez Bonham’s en septembre à Londres et la plus chère une sculpture intitulée « Blood Mirror » estimée de 1 à 1,5 millions de dollars et adjugée l’estimation basse chez Philip’s en novembre à New-York.

Sur ces 50 œuvres proposées à la vente 17 ont été invendues soit un taux d’invendus de 34% en lot. Dans le segment des estampes, le taux d’invendu est même de 56 % avec 10 invendues sur 18.

Il faut également noter le nombre très élevées (38%) de réalisations de Kapoor vendues à un prix inférieur ou égal à l’estimation basse. Ce chiffre signifie qu’un nombre important de vendeurs ont dû baisser le prix de réserve en raison du très faible nombre d’enchérisseurs.

Les invendus et les œuvres vendues à un prix inférieur ou égal à l’estimation basse représentent donc en tout 72% du marché d’Anish Kapoor au deuxième semestre 2015. Pour les professionnels du marché de l’art c’est un signal fort de la désaffection de l’artiste dans le marché de l’art signifiant qu’il y a très peu d’acquéreurs potentiels.

On notera que seules 10% des œuvres se sont vendues au-dessus de l’estimation haute ce qui signifie qu’il y a eu très peu de batailles d’enchères suscitant des prix élevés. Et encore c’est dans le secteur des lithographies, peintures et des dessins que l’on retrouve ces prix supérieurs ce qui est un secteur très faible en terme de valorisation (les 5 œuvres vendues au-dessus de l’estimation haute représente un montant cumulé d’adjudication de seulement 212.000 euros).

En revanche, c’est dans le segment des sculptures secteur le plus important en terme d’œuvres (19 œuvres proposées à la vente) et de valeur qu’aucune ne s’est vendue au-dessus de l’estimation haute. Dans ce créneau 15 œuvres sur 19 ont été invendues ou vendues à un prix inférieur ou égal à l’estimation basse soit 79%. Seulement 4 sculptures se sont vendues dans l’estimation.

Pire c’est dans ce segment de marché qu’il y a eu deux invendus importants. En effet, une sculpture estimées de 800.000 à 1,2 millions de dollars a été invendue le 8 novembre 2015 chez Philips à New-York ainsi qu’une sculpture estimée de 400 à 600.000 dollars restée invendue chez Christie’s à Shangai le 24 octobre 2015 soit à la fin de l’exposition de Versailles.

Le marché d’Anish Kapoor est donc très loin d’avoir profité de l’effet polémique généré par son exposition à Versailles. C’est même le contraire, l’artiste continuant inlassablement sa descente aux enfers ! Ces chiffres ont été confortés lors de rencontres à New-York avec d’autres professionnels du secteur de l’art contemporain qui nous ont confirmé le désintérêt du marché pour l’artiste dont les œuvres sont considérées aujourd’hui comme démodées et largement désuètes.

Dans son rapport d’activité du marché de l’art contemporain de 2015, la société Artprice.com avait déjà souligné la santé chancelante du marché de Kapoor depuis 2010 (Le marché de l’art contemporain 2015, Artprice.com pages 33 et suivantes). En effet depuis cette date, la côte des œuvres d’art de Kapoor subit une baisse notable. Son exposition à Versailles n’a en rien endigué la baisse inlassable de la valeur de ses œuvres.

Ces chiffres montrent qu’il est incontestable que le marché des œuvres de Anish Kapoor est en perte de vitesse sur le marché de l’art international et que les amateurs d’art ne sont pas prêts à suivre les élucubrations de l’artiste qu’il a manifestées en France. Avec le titre de son œuvre « Vagin de la Reine » et sa volonté de maintenir les tags antisémites en l’état, l’artiste s’est définitivement coupé d’acteurs incontournables et très influents du marché de l’art.

Il y a peu de chance que son marché rebondisse à plus ou moins long terme et l’investisseur doit savoir que se positionner aujourd’hui sur Kapoor constitue un investissement à fond perdu.

Nombre d’œuvres d’Anish Kapoor proposées aux enchères par catégorie et par résultat du 1er juin 2015 au 31 décembre 2015.

CATEGORIE Invendues ≤ Estimation basse Dans l’estimation ≥ Estimation haute total
PEINTURES 1 0 1 2 4
AQUARELLES 3 1 2 2 8
SCULPTURES 3 12 4 0 19
ESTAMPES 10 6 2 1 19
TOTAL 17 19 9 5 50

© Tableau réalisé par Saint Eloy Art Wealth Management

The market value of Kapoor’s works has descended into hell after his exhibition in the Castle of Versailles

The Kapoor exhibition which was held in the gardens of Versailles castle ended in early November. This 2015 milestone for contemporary art sparked a global thunder due to the artist’s provocations and was a fiasco for him, in terms of reputation and in terms of communication.

Within the multidimensional controversy triggered by the presence of works by Kapoor in Versailles, some neophyte commentators, very far from understanding and practicing the art market, declared that the scandal surrounding Kapoor would raise its value and bring him a jackpot. It is therefore interesting to analyze real data brought by market auctions of works by Anish Kapoor, from the beginning of the exhibition opening in June until the end of 2015. This period includes the entire exhibition and will allow us to answer to the question: what kind of effect does the controversy of Versailles have on the artist market value?

In order to do this, we collected and analyzed all auction results for Kapoor’s works having occurred worldwide between June, 1st 2015 and December, 31st 2015, data issued by Artprice.com.

In this period 50 works of Anish Kapoor were sold, including prints, sculptures, paintings, drawings and watercolors. The cheapest work is a stamp « for Glyndebourne » estimated 600-800 pounds fetched 700 pounds at Bonham’s in London in September. The most expensive work, a sculpture entitled « Blood Mirror » estimated 1 to 1.5 million dollars and auctioned the low estimate at Philip’s in November in New York.

Of these 50 works, 17 remained unsold which makes an unsold rate of 34%. Concerning prints, the unsold rate rises to 53% with 10 pieces unsold, out of 19. Note also the very high rate (38%) of Kapoor’s works sold at a price lower or equal to the lower estimate. This figure means that a significant number of sellers had to lower their reservation price due to the very low number of bidders. Therefore, the set of Kapoor’s works either unsold or sold at a price lower or equal to the lower estimate represents a total of 72% of all sales concerning this artist in the second half of 2015. Art market dealers see that as a strong sign meaning disaffection for the artist in the art market and a strong decrease in the number of potential buyers.

Note that only 10% of works were sold above the high estimate which means that there has been very little auction battles making the raise of prices possible. With lithographs, paintings and drawings, we get the highest prices, but they correspond to a very small market segment and make limited figures in terms of valuation (5 works sold above the highest estimate represent a cumulated amount auctioned of only 212.000 euros).

However, with sculptures, the largest segment in terms of works (19 works proposed for sale) the result is far from being satisfactory. No piece of work has been sold above the highest estimate. 15 works out of 19 remained unsold or were sold at a price, lower or equal to lowest estimates. This, making a 79% ratio. Only four sculptures were sold within the estimates. Worse, in this segment of the market two significant pieces were unsold. One of them, estimated 800,000 to 1.2 million dollars was unsold, on November 8, 2015, at Philips in New York. Another sculpture estimated 400,000 to 600,000 dollars remained unsold at Christie’s in Shanghai on October 24, 2015, a date corresponding to the end of the exhibition of Versailles.

Therefore, on the art market, Kapoor is very far from having benefited from the controversial effect generated by its exhibition in Versailles. It is even the contrary. The artist tirelessly is continuing his descent into hell! This analysis based on data was confirmed during discussion of the Author in New York with other professionals specialized in the contemporary art sector. They confirmed the disinterest of the market for the artist whose works are now considered outdated and obsolete.

In Artprice.com 2015 annual report concerning the contemporary art market, the authors stressed on the falling value of Kapoor since 2010 (pages 33 and following). Since that date, the value of Kapoor underwent a notable decline. His exhibition at Versailles castle did nothing to stem the relentless downward spiral in the value of his works.

These figures illustrate the fact that Anish Kapoor is losing ground on the international art market. Art lovers are not willing to agree with the rantings of the artist, as shown in France. With the title of his work « Queen’s Vagina » and its desire to maintain anti-Semitic tags in the state on his masterpiece, the artist has definitely cut himself from key players and very influential players in the art market.

There is little chance for a rebound effect. Investors are now confronted to the fact that buying “Kapoor” today could mean an investment bloodletting in the end.

Signature du livre Investir dans l’Art à la librairie Artcurial le 23 novembre 2015

artcurial

Francis Briest, François Tajan, co-présidents Fabien Naudan, vice-président Géraldine Martin, directrice de la Librairie d’Art vous convient au lancement exceptionnel du livre Investir dans l’Art

Conférence – signature autour de l’ouvrage de Fabien Bouglé

Lundi 23 novembre 2015 de 19h à 21h

Librairie Artcurial – 7, Rond-Point des Champs-Elysées – 75008 Paris

R.S.V.P. : Géraldine Martin  +33 1 42 99 16 19

Fabien Bouglé à New-York pour les ventes impressionnistes et modernes

Nous étions la première semaine de novembre présent à New-York pour la saison des ventes impressionnistes et modernes de New-York pour accompagner un client dans le cadre de la vente aux enchères de ses œuvres. Cette année ces ventes avaient un caractère exceptionnel puisque Sotheby’s présentait aux enchères la collection Taubman ancien dirigent de la maison de vente. En deux jours c’est plus de 377 millions de dollars qui se sont échangés.

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A l’issue de ces ventes nous retiendrons trois grandes tendances du marché de l’art international :

  • La financiarisation du marché de l’art avec la multiplication des prix garantis connaît ses limites. La collection Taubman qui était garantie s’est vendue avec beaucoup de mollesse. Les acheteurs ont refusé de surpayer des œuvres dont les estimations étaient trop élevées. Conséquence : beaucoup d’œuvres se sont vendues sous l’estimation basse.
  • La grande sélectivité du marché qui refuse les estimations trop élevées. Le marché de l’art a connu ces dernières années un grand développement. Les acheteurs refusent aujourd’hui de payer trop cher et s’écartent des œuvres aux estimations trop poussées.
  • Le changement de goût mondial est incontestable. Nous l’avions déjà noté dans un article du Monde il y a deux ans. Désormais, il est possible de noter un désintérêt notable pour les œuvres un peu datées du 19ème et un attrait incroyable pour les œuvres modernes ou contemporaines. Nous considérons qu’il ne s’agit pas là d’un phénomène passager ou d’un effet de mode. Il s’agit bien d’un mouvement en profondeur.

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