Le musée Rodin met en vente une œuvre inédite d’Auguste Rodin intitulée « L’Aphrodite ». Cette sculpture estimée entre 600 et 800.000 £ (1er tirage sur 8) sera proposée lors de la evening sale Art Impressionniste et Moderne  le 23 juin à Londres chez Christie’s.

L'Aphrodite - Auguste Rodin - £600.000-800.000

L’oeuvre l’Aphrodite a un passé peu commun et quelque peu rocambolesque. Son histoire commence en 1913 lorsque la femme de Jean Richepin, Cora Laparcerie, actrice et directrice du théâtre de la Renaissance, travaille à la réalisation de son nouveau spectacle, Aphrodite, d’après le roman de Pierre Louÿs et adapté pour le théâtre par Pierre Frondaie. Cora Laparcerie a l’idée de demander à Auguste Rodin qu’il réalise une effigie de la déesse pour le décor de sa pièce. Elle souhaite « que, dans une pièce où la statue de l’Amour jouait le rôle principal, cette statue fût exécutée par le plus grand sculpteur de ce temps […] ». Rodin se laisse convaincre, se contentant de faire agrandir, en deux fois, par Lebossé, une étude plus ancienne dont Grappe écrit qu’elle avait été réalisée pour La Porte de l’Enfer. Cora Laparcerie est enchantée du résultat : « Grâce à vous, à votre générosité, les spectateurs d’Aphrodite auront quelques minutes de beauté et vous en serez, j’en suis sûre, récompensé, car la foule est simple mais comprend instinctivement les belles choses. ».

Lorsque le rideau se lève lors de l’avant-première du 10 mars 1914, les spectateurs découvrent la statue voilée et enguirlandée de roses devant un temple de marbre noir. La presse commente longuement la participation de Rodin, jouant sur les termes de « vernissage » et d’« avant- première », et couvre d’éloges l’initiative prise par le théâtre de la Renaissance. Quelques journalistes déplorent de voir « notre plus grande gloire entraînée par les exigences de la mise en scène moderne, à être, pour ainsi dire, un accessoiriste de théâtre ». « N’importe quel moulage d’un antique de nos musées eût produit un effet analogue », déclare Arsène Alexandre. C’est injuste car si le modelé sensible du nu dans sa taille originale est considérablement simplifié dans la grande version aux dimensions quadruplées, c’est que le Rodin des dernières années privilégie les grands plans et les volumes forts au détriment des détails. Ceux-ci auraient été bien inutiles d’ailleurs, la statue étant faite pour être vue de loin. Le plâtre reste au moins jusqu’en 1933 au théâtre de la Renaissance.

C’est seulement en 2014, l’occasion de recherches sur les moules compris dans la donation que Rodin fit à l’état français, que le musée a retrouvé le moule complet de la figure présentée par Rodin en 1914. Cent ans plus tard, cette découverte a enfin rendu possible la divulgation de ce grand sujet en bronze de 2,15m. de hauteur, la dernière oeuvre d’une telle taille qu’ait réalisé l’artiste avant sa mort.

Plus d’information sur cette œuvre : fabienbougle@sainteloy.com

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